Vendredi 10 avril 2009

"Imaginez que j'aille dans un Mégastore... je prends quelques disques et je pars sans payer. On va m'arrêter, non ? Et bien pour le net, ca devrait être la même chose. Même si c'est vrai que, si j'étais un môme... je pense que moi aussi je piquerais tout gratuitement... " Ces propos viennent d'Obispo, ce matin Europe1. Il fulminait contre les députés UMP qui ont "perdu" hier, le vote de la loi Hadopi : "les mecs sont allés bouffer au moment de voter...et voilà le résultat." Pascal est en colère.. c'est quand même aussi de sa fortune qu'il s'agit...un peu. En ces temps de crise, on a un peu de mal à le plaindre.

N'empêche... L'initiative de Christine Albanel a ceci de "remarquable" qu'elle ne laisse personne indifférent, que l'on soit pour ou contre. C'est ni plus ni moins qu'une nouvelle forme de répression que l'on cherche à décliner sur la matrice virtuelle. Nécessaire ou pas, juste ou pas, elle serait de toute manière quasi-inédite. Au point qu'hier, avant le vôte, le quotidien new-yorkais Herald Tribune en saluait à la fois l'audace et le manque d'ambition.

L'initiative française, selon le quotidien, s'imposerait à tous parce que les études montrent que 95% des téléchargements sont aujourd'hui illégaux. Ces actes font chuter de manière vertigineuse une industrie entière, en Europe ou aux Etats-unis. Les lobbys américains du disques réclameraient à leurs élus de suivre l'exemple français, au moins dans la logique : créer, à terme une sorte de police du net.

C'est exactement ce que les associations de consommateurs du web, et les fournisseurs repoussent. Comme le dit bien l'article : il s'agit là de donner un formidable pouvoir aux maisons de disques, que de leur permettre d'être à l'origine d'une "coupure" de réseau d'un particulier. C'est le début concrêt d'un plus vaste débat qui porte sur le contrôle de la toile. On connaît l'attitude décomplexée des chinois à ce sujet, qui n'hésitent pas à fermer les tuyaux quand bon leur semble... On verra très prochainement les américains faire de même : une loi est en préparation autour de la prévention contre une possible attaque terroriste virtuelle. Pour prévenir cette nouvelle forme d'agression, Barak Obama aura bientôt, grâce à cette loi, le pourvoir de couper des pans entiers du web. Un pouvoir dont on mesure vite l'ampleur stratégique, économique, et sociale...culturelle.. Pour revenir à Hadopi, l'article de l'Herald Tribune mentionne tout de même les insuffisances de cette loi française, repoussée hier par l'opposition. Il rappelle avec beaucoup de pragmatisme qu'il est fort probable que les "pirates" s'adapteront très vite à leurs pourchassants, en développant des systèmes qui les empêcheront de se faire identifier, pendant leurs téléchargements. Et le problème repartira à zéro.

L'autre article notable de ce journal, qui a accompagné mon diner dans une brasserie d'Albi... concernait une autre loi, en gestation cette fois, aux Etats-unis. Fortement encouragée par les puissants propriétaires de medias (journaux, télé, et web), l'idée est de faire évoluer le web pour en limiter ... l'accès gratuit à l'info. Aujourd'hui, nous sommes en effet de nombreux internautes à "pêcher" l'actualité sans payer sur les différents sites de ces medias. Cela pourrait ne plus durer. Pour faire un parallèle, prenez un journal (papier) comme "20 minutes" ou "Métro". A l'origine, le pari est de penser que l'on peut donner de l'info "gratuite" et financer sa parution entièrement par ...les annonceurs publicitaires. Pari réussi, avec le succès que l'on sait. Sauf qu'aujourd'hui, la crise s'en mèle. Les recettes publicitaires sont en baisse... et le contexte pourrait tout bonnement... inverser la vapeur, au moins sur le net. Les américains se disent aujourd'hui que le consommateur d'info - sur le web comme ailleurs- doit logiquement...payer son info. Des comparaisons multiples sont faites avec d'autres secteurs (les compagnies aériennes qui facturent l'accès aux toilettes dans leurs avions, etc...)

Si ce projet se réalise , l'internaute, qui a désormais largement investi la toile et pris ses habitudes en toute "gratuité"...serait à nouveau considéré comme un simple...consommateur de service, un client... Il devra donc payer pour chaque article, par exemple. Si ce projet avance, il y a fort à parier que la France n'échappera pas à ce retour "payant" de l'info... Reste à savoir si l'internaute pourra suivre. C'est-à-dire financer ses journaux virtuels ET ses albums d'Obispo...


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Nom :             KUSY
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